· mis à jour le · Désinfection et microbiologie · 6 min de lecture

Le chlore dans l’eau du robinet : utilité, goût et santé

Pourquoi l’eau du robinet est chlorée, d’où vient son goût de piscine, ce que l’on sait des effets sur la santé et comment atténuer ce goût simplement.

Introduction

« Elle a un goût de Javel » : c’est la critique la plus fréquente adressée à l’eau du robinet. Pour beaucoup, cette odeur évoque un traitement chimique, voire un danger, et certains achètent de l’eau en bouteille pour cette seule raison.

Le chlore a pourtant un rôle précis : empêcher la contamination microbienne de l’eau pendant son trajet jusqu’au robinet. La chloration de l’eau potable, généralisée au XXe siècle, a largement contribué au recul du choléra et de la typhoïde. Cet article explique pourquoi on chlore l’eau, pourquoi le goût varie, ce que l’on sait des effets sur la santé et comment atténuer ce goût.

1. Pourquoi met-on du chlore dans l’eau ?

Le chlore ne sert pas à « nettoyer » l’eau (c’est le rôle des étapes de clarification et de filtration), mais à la protéger jusqu’au robinet.

La rémanence

D’autres désinfectants sont très efficaces, comme l’ozone ou les ultraviolets (UV), et les usines les utilisent souvent. Mais leur action s’arrête à la sortie de l’usine : ils ne laissent pas de désinfectant actif dans l’eau.

Or l’eau parcourt parfois des dizaines de kilomètres de canalisations pendant plusieurs jours. Des micro-organismes peuvent s’y introduire (casse, retour d’eau) ou s’y développer (biofilm). Le chlore a l’avantage de rester actif dans l’eau pendant un certain temps : c’est la rémanence. Un faible résiduel de chlore protège ainsi l’eau jusqu’au robinet.

Le plan Vigipirate

Dans le cadre du plan Vigipirate, les exploitants doivent maintenir une teneur minimale en chlore libre dans les réseaux, de l’ordre de 0,3 mg/L en sortie des réservoirs, pour protéger l’eau contre les actes de malveillance.

2. Le goût et l’odeur

Chlore libre et chloramines

  • Le chlore libre est la forme active, disponible pour désinfecter. Il a une odeur, mais s’évapore assez facilement.
  • Les chloramines se forment quand le chlore réagit avec de l’ammoniaque ou des composés azotés. Elles ont une odeur plus piquante, typique des piscines.

Une odeur de chlore marquée ne signifie donc pas forcément que la dose est élevée : elle peut aussi traduire la présence de chloramines ou de composés formés en réaction avec la matière organique.

Pourquoi le goût varie

  • La température : l’eau froide atténue le goût, l’eau tiède l’accentue.
  • La distance : près du point de chloration (usine ou réservoir), la teneur est plus élevée ; en bout de réseau, une partie du chlore a été consommée.
  • La saison : le chlore est consommé plus vite quand l’eau est chaude, ce qui conduit parfois les exploitants à ajuster les doses.

3. Est-ce dangereux pour la santé ?

Aux doses de l’eau potable, pas d’effet aigu

Les teneurs dans l’eau du robinet sont de l’ordre de 0,1 à 0,5 mg/L. À titre de comparaison, l’eau de Javel prête à l’emploi contient environ 26 g de chlore actif par litre, soit plus de 50 000 fois plus. L’OMS fixe une valeur guide de 5 mg/L pour le chlore dans l’eau de boisson, soit au moins dix fois plus que les teneurs habituelles.

En France, la réglementation ne fixe pas de limite chiffrée pour le chlore : elle demande l’absence d’odeur ou de saveur désagréable et de changement anormal.

Les sous-produits de désinfection

Le chlore lui-même n’est pas classé cancérogène. La question porte sur les sous-produits de désinfection, formés par réaction avec la matière organique, dont les trihalométhanes (THM). Une exposition prolongée à des teneurs élevées en THM est associée à un risque accru de cancer de la vessie (voir l’article sur les THM).

Ce risque est encadré : la somme des THM est limitée à 100 µg/L et les exploitants doivent viser la valeur la plus faible possible sans compromettre la désinfection. Les autorités sanitaires jugent que le risque microbiologique d’une eau non désinfectée est bien plus important que celui des sous-produits.

Le microbiote intestinal

Certaines personnes s’interrogent sur l’effet du chlore sur la flore intestinale. Le chlore est très réactif : au contact de la salive et des aliments, il est en grande partie neutralisé avant d’atteindre l’intestin. Aucun effet significatif sur le microbiote n’a été démontré aux doses de l’eau potable.

4. Atténuer le goût du chlore

Le goût de chlore s’élimine facilement, sans équipement.

Laisser reposer l’eau au réfrigérateur

Le chlore libre est volatil.

  • Remplissez une carafe d’eau du robinet.
  • Laissez-la ouverte ou couverte sans être hermétique.
  • Placez-la quelques heures au réfrigérateur.

Une grande partie du chlore s’évapore, et la fraîcheur atténue les goûts résiduels. Consommez cette eau dans les 24 heures : sans chlore, elle n’est plus protégée contre le développement bactérien.

Quelques gouttes de citron

L’acide ascorbique (vitamine C) neutralise chimiquement le chlore presque instantanément.

La filtration sur charbon actif

Le charbon actif retient bien le chlore : carafes filtrantes, filtres sur robinet, filtres de réfrigérateur. Il faut changer les cartouches régulièrement et conserver l’eau filtrée au frais.

5. Chlore et peau

Certaines personnes à la peau sensible ou atopique signalent des tiraillements ou des démangeaisons après la douche. L’effet propre du chlore aux doses de l’eau du robinet est peu documenté : la dureté de l’eau, sa température et les produits de toilette jouent aussi un rôle.

  • Hydratation : une crème émolliente après la douche limite le dessèchement.
  • Température : une eau moins chaude dessèche moins la peau.
  • Filtres de douche : des pommeaux contenant de la vitamine C, du sulfite de calcium ou du KDF réduisent le chlore, avec une efficacité qui diminue vite à fort débit et en eau chaude. Leur bénéfice sur l’eczéma n’a pas été démontré.

6. Plantes et aquariums

Arrosage

À ces concentrations, le chlore ne pose pas de problème à la plupart des plantes. Laisser reposer l’eau quelques heures dans l’arrosoir permet surtout de la ramener à température ambiante.

Aquariums

Le chlore est toxique pour les poissons : il attaque leurs branchies. Utilisez un conditionneur d’eau, qui neutralise le chlore et les métaux, ou laissez reposer l’eau 24 à 48 heures avec un bulleur. Les chloramines, plus stables, s’évaporent mal et nécessitent un conditionneur adapté.

7. Questions fréquentes

L’eau bouillie contient-elle encore du chlore ?

Très peu. L’ébullition élimine rapidement le chlore libre. C’est pourquoi le thé ou le café préparés avec l’eau du robinet ont rarement un goût de chlore.

Pourquoi l’eau de Javel est-elle dangereuse si le chlore de l’eau ne l’est pas ?

C’est une question de dose. L’eau de Javel est concentrée et corrosive ; l’eau potable n’en contient qu’une quantité infime.

Existe-t-il de l’eau du robinet sans chlore ?

Oui, dans certains pays. Aux Pays-Bas, la plupart des réseaux distribuent l’eau sans désinfectant résiduel, et c’est aussi le cas de nombreux services en Allemagne. Cela suppose une ressource de très bonne qualité, un traitement poussé et des réseaux très bien entretenus. En France, le plan Vigipirate impose un résiduel de chlore.

Le chlore blanchit-il les dents ?

Non. Les concentrations sont bien trop faibles.

Peut-on être allergique au chlore de l’eau ?

C’est très rare. On observe plutôt des irritations (peau, yeux, voies respiratoires) liées aux chloramines, surtout en piscine couverte, sans réaction allergique au sens immunologique.

8. Glossaire

  • Chlore libre : chlore actif disponible pour la désinfection.
  • Chlore total : somme du chlore libre et du chlore combiné (chloramines).
  • Chloramines : composés formés par la réaction du chlore avec l’ammoniaque ou des composés azotés.
  • Rémanence : capacité d’un désinfectant à rester actif dans le temps.
  • Sous-produits de désinfection : composés formés par la réaction du désinfectant avec la matière organique de l’eau.

Conclusion

Le chlore est mal aimé pour son goût et son odeur, mais il garantit que l’eau reste protégée des contaminations microbiennes jusqu’au robinet. Ses sous-produits sont réglementés et surveillés. Le goût, lui, s’atténue facilement : une carafe laissée quelques heures au réfrigérateur suffit le plus souvent.

Sources

Retour au blog

À lire aussi

Tous les articles