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Microplastiques dans l’eau : état des connaissances

D’où viennent les micro- et nanoplastiques, combien en trouve-t-on dans l’eau du robinet et en bouteille, et ce que la recherche sait, ou ne sait pas encore, de leurs effets sur la santé.

Introduction

Le plastique s’est imposé au XXe siècle grâce à sa légèreté, sa résistance et son faible coût. Sa durabilité a un revers : il se dégrade très lentement et se fragmente plutôt que de disparaître.

Chaque année, des millions de tonnes de déchets plastiques finissent dans l’environnement. Sous l’effet des UV, des vagues et de l’abrasion, ils se désagrègent en particules de plus en plus petites : les microplastiques, puis les nanoplastiques. Des études en ont détecté dans le sang humain, les poumons, le placenta et dans l’eau que nous buvons.

1. Qu’est-ce qu’un microplastique ?

Les classes de taille

Schéma de la fragmentation du plastique, du macro au nanoplastique

  • Macroplastiques : bouteilles, sacs, emballages (plus de 25 mm).
  • Mésoplastiques : de 5 à 25 mm (bouchons, fragments).
  • Microplastiques : de 1 micromètre (µm) à 5 mm. C’est la catégorie la plus étudiée.
  • Nanoplastiques : moins de 1 µm. Leur petite taille les rend difficiles à mesurer et leur permet, en théorie, de franchir certaines barrières biologiques.

Les origines

  1. Microplastiques primaires, fabriqués ou émis directement à petite taille. Selon l’UICN, ils représenteraient 15 à 31 % des microplastiques rejetés dans les océans :
    • granulés industriels, matière première de la plasturgie, perdus lors du transport ;
    • microbilles des cosmétiques, interdites en France dans les produits rincés depuis 2018 puis restreintes dans l’Union européenne ;
    • fibres textiles synthétiques, libérées à chaque lavage ;
    • particules d’usure des pneus, lessivées par la pluie vers les rivières.
  2. Microplastiques secondaires, issus de la fragmentation de déchets plus gros (sacs, bouteilles, filets de pêche).

2. Des rivières au robinet

Les stations d’épuration et les usines d’eau potable

Les stations d’épuration retiennent la grande majorité des microplastiques (souvent plus de 90 %), mais surtout en les transférant dans les boues, qui peuvent ensuite être épandues. Une partie des fibres et des plus petites particules rejoint les rivières.

Dans les usines d’eau potable, la coagulation, la décantation et la filtration retiennent une grande partie des particules de plus de quelques dizaines de micromètres. L’efficacité sur les nanoplastiques est mal connue, faute de méthodes de mesure fiables.

L’eau en bouteille

Plusieurs études ont trouvé davantage de particules dans l’eau en bouteille que dans l’eau du robinet.

  • En 2018, des analyses menées pour Orb Media sur 259 bouteilles de onze marques ont détecté des microplastiques dans plus de 90 % d’entre elles.
  • En 2024, une équipe de l’université Columbia (PNAS) a compté, avec une nouvelle technique d’imagerie, environ 240 000 particules par litre en moyenne (de 110 000 à 370 000 selon les échantillons) dans trois marques d’eau en bouteille, dont environ 90 % de nanoplastiques. Ces chiffres ne sont pas directement comparables aux études antérieures, qui ne détectaient pas les nanoplastiques, et la méthode a été discutée dans la même revue (contrôles à blanc jugés insuffisants).
  • Une partie des particules vient de la bouteille et du bouchon eux-mêmes (PET, polypropylène), notamment lors de l’ouverture et de la fermeture.

3. Quels risques pour la santé ?

C’est un domaine de recherche récent. En 2019, l’OMS a conclu qu’aux niveaux observés dans l’eau potable, les microplastiques ne semblaient pas présenter de risque pour la santé, tout en soulignant le manque de données, en particulier sur les nanoplastiques.

L’effet des particules

  • Passage dans l’organisme : selon l’EFSA, seule une très faible fraction des particules ingérées franchirait la paroi intestinale, et seules les plus fines pourraient atteindre les organes.
  • Présence dans les tissus : des micro- et nanoplastiques ont été détectés dans le sang, le placenta, les poumons et des plaques d’athérome. En 2024, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine a observé que les patients dont les plaques carotidiennes en contenaient avaient plus d’événements cardiovasculaires. Il s’agit d’une association, qui ne prouve pas un lien de cause à effet.
  • Inflammation : les études en laboratoire suggèrent des effets inflammatoires et un stress oxydant, à des doses souvent supérieures à l’exposition réelle.

L’effet chimique

Le plastique contient des additifs : plastifiants (phtalates), bisphénols, retardateurs de flamme, colorants. Certains sont des perturbateurs endocriniens avérés ou suspectés. Les particules peuvent libérer ces substances, mais leur contribution par rapport aux autres sources d’exposition (alimentation, emballages, poussières) est mal connue.

L’effet « vecteur »

  • Polluants : les microplastiques fixent en surface d’autres polluants (PCB, pesticides, métaux).
  • Micro-organismes : un biofilm se forme à leur surface (la « plastisphère ») et peut héberger des bactéries.

L’importance réelle de ces mécanismes pour la santé humaine, via l’eau potable, n’est pas établie.

4. Impact environnemental

Océans et vie marine

  • Macroplastiques : les animaux s’y emmêlent ou les ingèrent ; un estomac rempli de plastique peut entraîner la malnutrition et la mort, par exemple chez les oiseaux marins et les tortues.
  • Microplastiques : le zooplancton, à la base de la chaîne alimentaire, en ingère. Les effets sur les populations sont encore étudiés.

Sols

La contamination des sols est importante : épandage de boues d’épuration, paillages plastiques, usure des pneus. Des études montrent des effets sur les vers de terre et la croissance de certaines plantes.

5. Réglementation

Union européenne

  • Directive sur les plastiques à usage unique (2019) : depuis 2021, interdiction de plusieurs produits (pailles, couverts, cotons-tiges, assiettes).
  • Restriction des microplastiques ajoutés intentionnellement (règlement (UE) 2023/2055) : interdiction progressive dans les paillettes, cosmétiques, détergents et granulés des terrains synthétiques. La Commission estime qu’elle évitera le rejet d’environ 500 000 tonnes de microplastiques.
  • Directive (UE) 2024/3019 sur les eaux urbaines résiduaires : elle prévoit une surveillance des microplastiques dans les eaux usées et les boues.
  • Eau potable : la directive (UE) 2020/2184 prévoit l’adoption d’une méthode de mesure des microplastiques, préalable à leur éventuelle inscription sur la liste de vigilance.

France

La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC, 2020) fixe l’objectif de la fin des emballages plastiques à usage unique d’ici 2040. Elle prévoyait aussi un filtre à microfibres sur les lave-linge neufs à partir de 2025, mais le décret d’application n’était toujours pas publié au printemps 2026.

6. Limiter son exposition

Une estimation largement relayée (WWF, 2019) évoquait l’ingestion de 5 grammes de plastique par semaine, « l’équivalent d’une carte bancaire ». Des travaux ultérieurs l’ont jugée très surestimée : une étude de 2021 aboutit à quelques microgrammes par semaine. L’exposition réelle reste mal connue, mais quelques gestes la réduisent.

Pour l’eau de boisson

  • Limiter les bouteilles en plastique, qui contiennent en moyenne plus de particules que l’eau du robinet. Une gourde en inox ou en verre évite la question.
  • Filtration : les filtres à bloc de charbon actif et les membranes (ultrafiltration, osmose inverse) retiennent physiquement une grande partie des microparticules. Les carafes à charbon en grains sont peu documentées sur ce point.

Au quotidien

  • Cuisine : évitez de chauffer des aliments dans des contenants en plastique, la chaleur favorisant la libération de particules et d’additifs.
  • Vêtements : les fibres synthétiques libèrent des microfibres au lavage. Laver moins souvent, à basse température et à pleine charge limite ce rejet ; des sacs de lavage et des filtres dédiés existent.
  • Cosmétiques : les listes d’ingrédients mentionnant polyethylene, polypropylene ou nylon signalent des polymères plastiques.

7. Questions fréquentes

Les microplastiques sont-ils visibles à l’œil nu ?

Les plus gros, oui. La limite de visibilité est d’environ 0,1 mm. Les microplastiques vont de 5 mm (un grain de riz) à 1 µm (la taille d’une bactérie). Les nanoplastiques ne sont pas visibles au microscope optique classique.

Faire bouillir l’eau élimine-t-il les microplastiques ?

Pas de manière fiable. Une étude de 2024 a montré qu’en eau calcaire, une partie des particules est piégée dans le tartre qui se forme à l’ébullition, puis retenue par un simple filtre. Ce n’est pas une méthode de traitement validée. À l’inverse, chauffer de l’eau dans un récipient en plastique peut libérer des particules.

Les carafes filtrantes arrêtent-elles les microplastiques ?

En partie, sans garantie. Les particules les plus grosses sont retenues mécaniquement, mais les performances des carafes sur les microplastiques ont peu été évaluées et les nanoplastiques passent.

Le corps élimine-t-il les microplastiques ?

En grande partie. La plupart des particules ingérées sont éliminées dans les selles. La question porte sur la fraction la plus fine, qui peut franchir les barrières biologiques. Aucun produit « détox » n’a démontré d’effet.

Le sel de table contient-il du plastique ?

Souvent, oui. Le sel de mer, obtenu par évaporation de l’eau de mer, contient des microplastiques. Le sel gemme en contient généralement moins, sans en être totalement exempt.

8. Glossaire

  • Polymère : grande molécule formée par la répétition d’un motif (monomère). Les plastiques sont des polymères.
  • Plastisphère : communauté microbienne qui se développe à la surface des déchets plastiques.
  • PET : polyéthylène téréphtalate, plastique des bouteilles d’eau et de certaines fibres textiles.
  • Nanoplastique : particule de plastique de moins de 1 µm.

Conclusion

Les microplastiques sont présents dans l’eau, l’air et l’alimentation. Leur effet sur la santé humaine aux niveaux actuels d’exposition n’est pas établi, mais les données s’accumulent, en particulier sur les nanoplastiques, que l’on commence seulement à mesurer. Dans ce contexte d’incertitude, limiter la production de déchets plastiques à la source reste le levier principal. Pour l’eau de boisson, l’eau du robinet contient généralement moins de particules que l’eau en bouteille.

Sources

  • OMS, Microplastics in drinking-water, 2019
  • Qian N. et al., « Rapid single-particle chemical imaging of nanoplastics by SRS microscopy », PNAS, 2024
  • Marfella R. et al., « Microplastics and nanoplastics in atheromas and cardiovascular events », New England Journal of Medicine, 2024
  • Mohamed Nor N. H. et al., « Lifetime accumulation of microplastic in children and adults », Environmental Science & Technology, 2021
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