· mis à jour le · Comprendre l'eau · 6 min de lecture

L’eau dans le monde : ressources, pénuries et tensions

Moins de 1 % de l’eau de la planète est de l’eau douce accessible. Répartition des ressources, stress hydrique, eau virtuelle, fleuves partagés et effets du changement climatique.

Introduction

Répartition de l'eau sur Terre entre eau salée, glaces et eau douce accessible

On surnomme la Terre la « planète bleue » : l’eau recouvre environ 71 % de sa surface. Cette abondance est trompeuse.

  • Environ 97,5 % de l’eau terrestre est salée (océans, mers), impropre à la boisson et à l’irrigation sans dessalement.
  • Sur les 2,5 % d’eau douce, la majeure partie est stockée dans les glaciers et calottes polaires, ou dans des nappes profondes difficilement exploitables.
  • Au final, moins de 1 % de l’eau de la planète est de l’eau douce liquide accessible, pour plus de 8 milliards d’humains et l’ensemble des écosystèmes terrestres.

Et cette ressource est très inégalement répartie.

1. Une répartition inégale

  • Des pays très dotés : selon les estimations couramment citées, neuf pays (Brésil, Russie, Canada, États-Unis, Chine, Indonésie, Inde, Colombie, Pérou) concentrent environ 60 % des ressources renouvelables en eau douce.
  • Des régions arides : l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient abritent environ 6 % de la population mondiale, mais moins de 2 % des ressources renouvelables en eau douce (Banque mondiale).

Les infrastructures aggravent ces écarts. Avoir de l’eau ne suffit pas : il faut pouvoir la capter, la traiter et la distribuer. En Afrique subsaharienne, la pénurie est souvent économique (manque d’investissements) plus que physique.

2. Le stress hydrique

On parle de stress hydrique lorsque les ressources renouvelables disponibles deviennent insuffisantes au regard des besoins. Un indicateur courant, proposé par l’hydrologue Malin Falkenmark, fixe le seuil de stress à 1 700 m³ par habitant et par an, et celui de pénurie à 1 000 m³.

Selon les Nations unies, d’ici 2050, au moins une personne sur quatre pourrait vivre dans un pays touché par des pénuries d’eau douce chroniques ou récurrentes.

Les usages de l’eau dans le monde

  1. Agriculture : environ 70 % des prélèvements. L’irrigation est de loin le premier usage.
  2. Industrie et énergie : environ 20 %. Refroidissement des centrales, procédés industriels, mines.
  3. Usages domestiques : environ 10 %. C’est la part la plus faible, mais celle qui exige la meilleure qualité.

La croissance démographique et l’évolution des régimes alimentaires, avec plus de produits animaux, augmentent la pression sur la ressource.

3. L’eau virtuelle

L’empreinte eau mesure l’eau nécessaire pour produire un bien sur l’ensemble de sa chaîne de production. D’après le Water Footprint Network :

  • 1 kg de viande de bœuf : environ 15 000 litres ;
  • 1 kg de blé : environ 1 800 litres ;
  • 1 tasse de café : environ 130 litres ;
  • 1 t-shirt en coton : environ 2 500 litres.

Ces chiffres incluent l’eau de pluie utilisée par les cultures et les pâturages (dite « eau verte »), qui représente souvent l’essentiel du total. Ils ne correspondent donc pas à des volumes prélevés dans les rivières ou les nappes.

Quand un pays importe des produits agricoles cultivés avec de l’eau d’irrigation dans des régions sèches, il importe indirectement cette eau. Ce commerce peut soulager les pays importateurs, mais accentuer la pression sur les ressources des pays exportateurs.

4. Les fleuves partagés

Environ 60 % des débits d’eau douce du monde proviennent de bassins partagés par plusieurs pays. Le partage de ces fleuves est source de tensions.

  1. Le Nil : l’Égypte dépend du Nil pour environ 97 % de ses ressources en eau. Le Grand barrage de la Renaissance, construit par l’Éthiopie sur le Nil Bleu et inauguré en septembre 2025, est considéré par Le Caire comme une menace pour sa sécurité hydrique.
  2. Le Tigre et l’Euphrate : la Turquie, en amont, a construit de grands barrages (projet GAP), qui réduisent les débits vers la Syrie et l’Irak.
  3. Le Jourdain : l’accès à l’eau est un enjeu du conflit israélo-palestinien.
  4. Le Mékong : les barrages construits en amont, notamment en Chine, modifient le régime du fleuve dont dépendent le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam.

L’histoire montre toutefois que l’eau donne plus souvent lieu à des accords (traités, commissions de bassin) qu’à des guerres ouvertes. Les attaques contre les infrastructures hydrauliques existent néanmoins en temps de guerre ; les ouvrages contenant des « forces dangereuses », comme les barrages, sont protégés par le droit international humanitaire.

5. Les effets du changement climatique

Le réchauffement ne change pas la quantité totale d’eau sur Terre, mais il modifie où, quand et sous quelle forme elle tombe.

  • Extrêmes plus marqués : l’atmosphère plus chaude contient plus de vapeur d’eau, ce qui intensifie les fortes pluies. Dans de nombreuses régions, les sécheresses deviennent aussi plus fréquentes ou plus sévères.
  • Recul des glaciers : les glaciers de l’Himalaya et des Andes régulent le débit estival de grands fleuves. Leur fonte augmente d’abord ces débits, puis les réduira à mesure que les glaciers disparaissent, avec des conséquences pour des centaines de millions de personnes.
  • Élévation du niveau de la mer : l’eau salée pénètre davantage dans les nappes côtières, qui deviennent inutilisables pour la boisson ou l’irrigation (Bangladesh, Floride, deltas).

6. Les solutions

Utiliser l’eau plus efficacement en agriculture

  • Remplacer l’irrigation gravitaire par l’irrigation localisée (goutte-à-goutte) là où c’est pertinent.
  • Adapter les cultures au climat local.
  • Réutiliser les eaux usées traitées pour l’irrigation : Israël en réutilise environ 85 %.

Les solutions techniques

  • Dessalement : essentiel pour les pays du Golfe, Israël ou Singapour. Il consomme beaucoup d’énergie et rejette une saumure concentrée qui peut dégrader les milieux marins proches des rejets.
  • Réutilisation pour l’eau potable : après un traitement poussé, des eaux usées peuvent être rendues potables. Windhoek, en Namibie, le fait depuis 1968. La principale difficulté est l’acceptation par le public.

Réduire les pertes et la consommation

En France, environ un litre d’eau potable sur cinq est perdu par les fuites des réseaux avant d’arriver au robinet (rendement moyen de 79,2 % en 2024, selon l’observatoire SISPEA). La réduction des fuites, les économies d’eau domestiques et l’évolution des régimes alimentaires font partie des leviers.

7. Questions fréquentes

Y aura-t-il plus de plastique que de poissons dans l’océan en 2050 ?

C’est une projection, pas une certitude. Elle vient d’un rapport de la Fondation Ellen MacArthur (2016), qui supposait une poursuite des tendances de production et de fuite des déchets. Les estimations de la masse de poissons comme de plastique sont très incertaines.

L’eau est-elle un droit humain ?

Oui. L’Assemblée générale des Nations unies a reconnu en 2010 le droit à l’eau potable et à l’assainissement. En 2024, environ 2,1 milliards de personnes n’avaient toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité, selon l’OMS et l’UNICEF.

L’eau va-t-elle devenir plus chère ?

Son prix augmente, sous l’effet des investissements nécessaires (renouvellement des réseaux, traitement de nouveaux polluants) et de la raréfaction locale de la ressource. En France, le prix de l’eau est fixé localement par chaque service.

Peut-on boire l’eau des icebergs ?

Oui, c’est de l’eau douce, formée par la neige tombée il y a des siècles ou des millénaires. Son exploitation commerciale reste marginale et coûteuse, et son transport pèse lourd sur le bilan environnemental.

8. Glossaire

  • Stress hydrique : situation où les ressources renouvelables en eau deviennent insuffisantes pour les besoins (moins de 1 700 m³ par habitant et par an selon l’indicateur de Falkenmark).
  • Pénurie d’eau : stress sévère (moins de 1 000 m³ par habitant et par an).
  • Eau virtuelle : volume d’eau nécessaire à la production d’un bien.
  • Aquifère : formation géologique qui contient une nappe d’eau souterraine exploitable.
  • Dessalement : production d’eau douce à partir d’eau de mer ou d’eau saumâtre (osmose inverse ou distillation).

Conclusion

L’eau douce accessible est rare et inégalement répartie, et le changement climatique modifie sa disponibilité. Les tensions entre pays sont réelles, mais la coopération reste la règle. Les leviers sont connus : irrigation plus efficace, réduction des fuites, réutilisation des eaux usées et adaptation des usages. Leur mise en œuvre dépend surtout de choix politiques et d’investissements.

Sources

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